En cette période de crise économique et budgétaire, alors que le projet de réforme des retraites annoncé par la majorité suscite l'indignation des syndicats comme de l'opposition, et que par ailleurs les scandales mettant en cause l'éthique de certains hommes politiques se multiplient (affaire Boutin sur le cumul des rémunérations, affaire Blanc sur les 12000 euro de cigares aux frais du contribuable qui ne sont pas sans rappeler le récent cas Joyandet et ses 120 000 euro de location d'un jet privé haut de gamme pour un déplacement ministériel, et enfin et surtout affaire Woerth-Bettencourt qui soulève de graves questions sur les collusions entre pouvoir politique et économique), le gouvernement et sa majorité parlementaire semblent avoir trouvé un sujet de préoccupation bien plus important pour l'avenir de notre pays : le football.
Non content de voir la grotesque épopée des Bleus en Afrique du Sud occuper la quasi-totalité de l'espace médiatique, occultant ainsi les scandales évoqués plus haut qui ne provoquent justement aucun scandale, la majorité présidentielle a décidé d'afficher un volontarisme exemplaire sur cet épineux sujet touchant non seulement au sport, mais surtout au thème de prédilection de la droite en difficulté : l'identité nationale. Et cette reprise en main d'une question sportive par les plus hautes instances politiques du pays ne se limite pas à un simple affichage fait de déclarations fortes et de gesticulations symboliques, elle se traduit également en actes politiques concrets, occupant ainsi une place notable dans l'agenda présidentiel et parlementaire, au détriment d'autres sujets bien plus importants tels que... à peu près tous les autres sujets possibles et imaginables.
Ainsi, on découvre aujourd'hui dans la presse que le chef de l'État a « pris les choses en main » en convoquant trois de ses ministres, dont le premier d'entre eux François Fillon, pour une « séance de travail collective » qui a occupé le président et ses trois ministres tout l'après-midi, et dont ne sont ressorties que des déclarations fermes mais totalement dénuées de sens au regard de la stricte indépendance de la Fédération Française de Football vis-à-vis du pouvoir politique. Mais non content d'avoir consacré une demi-journée de travail à cette affaire capitale pour l'avenir du pays, Nicolas Sarkozy a également accepté de recevoir la star française du ballon rond Thierry Henry, « un joueur qui a toujours représenté les vraies valeurs du sport » selon le député UMP Thierry Mariani, qui n'a visiblement pas été mis au courant des conditions dans lesquelles l'équipe de France s'est qualifiée pour le mondial face à l'Irlande...
Mais ce qui choque encore davantage dans ce rendez-vous fixé par le chef de l'État ce jeudi matin, c'est qu'il a été pris en urgence au détriment d'une rencontre programmée de longue date avec les représentants de Coordination SUD, le collectif des ONG françaises de solidarité internationale, afin de discuter des positions françaises pour les prochains G8 et G20. Indignées, les associations concernées se sont fendues d'un communiqué signifiant qu'elles ne se rendraient pas au rendez-vous au rabais qui leur a été proposé en remplacement avec les ministres Alain Joyandet et Bernard Kouchner, dont on connait le faible degré d'influence sur ces grands sujets internationaux. « Pour le Président de la République, recevoir un footballeur est plus important que la situation des trois milliards de pauvres des pays en développement. C'est un très mauvais signal pour la politique de coopération de la France » s'indigne à juste titre le président de Coordination SUD Jean-Claude Vielajus, fustigeant l'indécence de cet ordre de priorité de l'agenda présidentiel.
Mais le délire politique autour de ce qui prend désormais des allures d'affaire d'État ne s'arrête malheureusement pas là. Les députés de la majorité se sont eux aussi engouffrés dans la brèche, multipliant les initiatives plus absurdes les unes que les autres. Ainsi, le député souverainiste Jacques Myard, non content d'avoir publié avec douze de ses collègues un communiqué demandant notamment à la ministre des Sports « d'imposer une charte fixant un certain nombre d'exigences pour tout joueur qui porte le maillot national », s'est également fendu d'une proposition de loi suggérant «qu'un joueur ne puisse être sélectionné en équipe de France qu'à la condition d'avoir sa résidence fiscale en France ou dans un État de l'Union européenne» ou encore « que tout joueur soit tenu au respect et à la promotion des emblèmes républicains et du principe de laïcité ».
Plus ridicule encore, l'Assemblée a enregistré pas moins de deux demandes de création de commissions d'enquête en 48 heures, ce qui est à notre connaissance totalement inédit dans l'histoire de la Ve République. La première émane du député UMP Jacques Remiller, que les observateurs des relations franco-africaines connaissent en tant que rapporteur de la mission d'information parlementaire sur la politique africaine de la France. Elle concerne « la rémunération des footballeurs, des entraineurs et des sélectionneurs ». Quant à la seconde, elle émane de Marc Le Fur, vice-président de l'Assemblée nationale, et de son collègue UMP Philippe Meunier. Elle concerne pour sa part « l'organisation par la Fédérations Française de Football de la participation de l'équipe de France à la coupe du monde de football ».
On ne sait s'il faut s'amuser ou se désoler de ce soudain regain d'activité des parlementaires, qui sont pourtant les premiers à regretter la faible étendue de leur pouvoir de contrôle sur l'exécutif, notamment à travers le nombre très restreint de commission d'enquête auquel ils ont droit par session parlementaire. Seule une commission d'enquête par an en moyenne voit le jour dans notre pays,ce qui s'explique notamment par le fait que l'exécutif dispose de moyens pour empêcher la création de commission d'enquête sur des sujets trop gênants pour le gouvernement ou le chef de l'État. En effet, au nom de la séparation des pouvoirs, la création d'une commission d'enquête est prohibée lorsque les faits concernés ont donné lieu à des poursuites judiciaires, et tant que ces poursuites sont en cours. Il suffit donc que le Garde des Sceaux ordonne au parquet l'ouverture d'une information judiciaire pour étouffer toute velléité d'investigation de la part des parlementaires...
Pour rappel, une commission d'enquête parlementaire dispose de pouvoirs importants, notamment celui d'obliger toute personne concernée à être auditionnée sous serment, ce qui n'est pas le cas de la mission d'information parlementaire par exemple. La création d'une commission d'enquête est donc généralement liée à un scandale grave impliquant un examen approfondi des conditions ayant conduit à ces évènements afin d'éviter qu'ils puissent se reproduire. A titre d'exemple, seules deux commissions d'enquête ont été crées sous la législature actuelle (depuis 2007 donc), la première concernant les conditions de libération des infirmières et du médecin bulgares détenus en Libye et les récents accords franco-libyens, et la seconde sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination contre la grippe A(H1N1). La demande formulée par l'opposition de créer une commission d'enquête sur le « scandale » des sondages de l'Élysée n'a en revanche pas pu voir le jour, du fait des pressions et de l'ingérence de l'exécutif sur le travail des parlementaires. Sous la précédente législature, les trois dernières commissions d'enquêtes créées ont respectivement porté sur les sectes, le scandale judiciaire d'Outreau et les conséquences sanitaires et sociales de la canicule...
Au regard de cette mise en perspective, l'agitation des députés de la majorité paraît donc encore plus ridicule, et nous semble à même de discréditer encore davantage l'action déjà très timide du parlement en matière de contrôle sur l'exécutif. Décidément, la France est loin d'être une démocratie parlementaire et l'action d'une poignée de députés godillots continue de maintenir le parlement dans la plus totale inertie face à des questions autrement plus importantes pour l'avenir du pays que les tribulations de son équipe nationale de football.
Camille Louis-Bruno
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Outre ces considérations sur la réalité de la démocratie
malienne, les éloges adressés au Mali d’ ATT paraissent encore plus choquantes lorsqu’on s’intéresse d’un peu plus près au bilan économique, social et politique de l’actuel président de la
République. Les indicateurs économiques comme ceux du développement humain restent au plus bas, et continuent à placer systématiquement le Mali en queue des classements internationaux. La
sécurité alimentaire n’est pas encore assurée partout, comme le montrent les bruits qui circulent actuellement sur des risques de famine au nord du pays, l’accès aux soins de base n’est pas
assuré pour la majorité de la population, sans parler de la faillite totale du système éducatif. Traditionnellement calme, notamment pour les raisons évoquées plus haut (à l’exception de la
partie Nord du pays où vivent les tribus touarègues), le Mali connait pourtant actuellement un climat d’agitation et de crispation sociale inédit. Le démantèlement et le bradage des grandes
sociétés publiques au bénéfice de prédateurs économiques français mais aussi maliens, réalisé avec la complicité active et intéressée d’une partie de la classe politique, a plongé les secteurs
traditionnellement moteurs de l’économie malienne dans le marasme le plus total, laissant des milliers de travailleurs sur le carreau. L’agitation syndicale est durement réprimée, tout comme les
délits de presse. On observe également une inquiétante montée de l’insécurité à Bamako, et une poussée plus alarmante encore du radicalisme musulman dans une société pourtant traditionnellement
très tolérante sur le plan spirituel.